Réseau Outaouais : Portrait d’un organisme oeuvrant pour la réinsertion au travail des assistés sociaux

Un silence inhabituel semble s’être installé dans la salle de classe du cours de communication écrite de l’Université du Québec en Outaouais. Les étudiants, qui révisent mentalement leurs questions en prévision d’une entrevue collective avec Serge Brissette, Directeur général chez Réseau Outaouais ISP, attendent patiemment son arrivée. Ponctuel, le directeur entre dans la salle de classe comme s’il en avait toujours fait partie, sûr de lui, mais sans prétention. Il se dirige vers le bureau du professeur où il s’installe, bien droit, prêt à répondre aux questions des journalistes en herbe. L’œil vif, observateur, il brise la glace sans se faire prier.

« Y en a-t-il parmi vous qui regardent les Bougons? ».

La majorité hoche de la tête en signe d’acquiescement. D’allure décontractée, le regard chaleureux, Serge Brissette ne pèse pas ses mots. « Vous savez, poursuit-il, beaucoup de gens associent le stéréotype véhiculé par les personnages de cette émission aux assistés sociaux. Moi-même, avant de travailler dans ce milieu, j’avais des préjugés quant à cette classe de la société : ça s’pogne le cul, ça ne veut pas travailler… »

Ce bachelier en arts visuels de l’Université d’Ottawa pour qui le bac « n’était qu’un trip » a fondé Réseau Outaouais en 1986 après avoir travaillé pendant quelques mois dans un centre de loisir pour personnes âgées. À l’époque, il était chargé d’un programme de relance à l’emploi dont le but était d’embaucher des bénéficiaires de l’aide sociale pour réaliser des travaux d’entretien ménagers chez les membres du centre. Un peu cyniques quant au bien-fondé de ce programme – les participants ne gagnaient qu’un dollar l’heure – Serge et une collègue à lui décident de mettre sur pied Réseau Outaouais.

Un mandat louable

L’organisme, qui a pour mission « d’offrir des activités d’encadrement, d’accompagnement, et de formation aux personnes éprouvant des difficultés socio-économiques dans leur cheminement vers une insertion sociale et professionnelle », reçoit près de 300 participants par année. Une équipe de sept employés déploie des efforts quotidiens en vue de conserver les participants dans le programme pendant au moins un an et d’assurer un suivi rigoureux. « On voudrait tous les sauver [les assistés sociaux] mais ce n’est pas possible », d’avouer le directeur général, le regard plein d’espoir mais teinté de déception. Le taux de réussite est de 22% ce qui, sans être mauvais, n’est pas non plus considérable.

« On sent que c’est de plus en plus sur une base volontaire que les gens viennent chez nous. »

Force est toutefois de constater qu’environ 30% de la clientèle qui participe au programme le fait pour meubler son temps et éviter l’isolement. Les programmes en place semblent être efficaces dans la mesure où les assistés sociaux n’ont pratiquement plus besoin d’être sollicités. « On sent que c’est de plus en plus sur une base volontaire que les gens viennent chez nous », affirme Serge Brissette.

Avec un nombre limité de ressources humaines et une absence d’augmentation salariale depuis quatre ans, l’encadrement des participants s’avère une tâche épuisante, voire drainante; d’autant plus que le taux d’abandon est relativement élevé. « C’est lourd, toujours travailler avec cette clientèle là », nous confie le co-fondateur. « On porte le chapeau du père, de la mère, du travailleur social et du psychologue… Toutefois, on n’a pas nécessairement l’expertise requise dans ce domaine, d’où la nécessité de créer des partenariats avec d’autres organismes plus spécialisés et dont le but est de faciliter la réinsertion professionnelle de ce type d’individu. »

Évoquant comme principale cause l’environnement dont sont issus plusieurs assistés sociaux il ajoute : « Si t’as grandi avec des parents qui te tapaient sur la tête, tu risques de ne jamais rien faire de bon dans la vie; or à 25 ans, ces jeunes adultes ne font rien. »

Sur 125 participants (mensuels) au programme d’insertion sociale et professionnelle qu’offre l’organisme sans but lucratif, environ 50 % souffrent de troubles psychiques aigus (paranoïa, schizophrénie, dépression, etc.), 32 % sont diagnostiqués avec une pathologie mentale, et 18 % sont non-diagnostiqués. De plus, 55 % de la clientèle se compose majoritairement de femmes, 60 % d’entre elles étant âgées de 24 à 44 ans.

Petits moyens mais grandes réussites 

Conscient que le défi est de taille, il admet néanmoins qu’une augmentation des sommes versées à son organisme pourrait contribuer grandement à l’amélioration des services dispensés par celui-ci. Seule ombre au tableau : les coupures récentes du gouvernement Charest – deux millions en Outaouais – dans le budget alloué aux ONG.

« On va chercher nos réussites dans des petites choses »

Financé à 100% par le Ministère de l’Emploi, la Solidarité sociale et la Famille du Québec, l’organisme dispose d’un budget d’environ 300 000$ par année, ce qui est bien peu pour soutenir une si grande cause; et il faut renégocier annuellement le contrat avec le bailleur de fonds. « J’ai l’impression d’être un quémandeur », se plaint-il. Or quand on lui demande s’il préférerait occuper un emploi plus rémunérateur il répond qu’il « préfère les conditions au salaire »; preuve qu’il n’a pas l’intention d’abandonner le combat.

C’est d’ailleurs grâce à la persévérance de ses dirigeants que Réseau Outaouais a pu survivre toutes ces années. « On va chercher nos réussites dans des petites choses, » affirme Serge Brissette.

Leur plus grande réalisation est sans conteste la mise sur pied de projets financés par le fédéral pour le placement et la rétention de l’emploi. Stage en action pour l’emploi en est un bon exemple. Ce programme offre cinq semaines d’activités de groupe visant principalement la connaissance de soi et le choix de carrière, en plus de permettre aux participants d’effectuer un stage en entreprise d’une durée de vingt semaines, rémunéré à 70% par le gouvernement fédéral et à 30% par l’employeur. Le taux de placement est de 80%. Un autre programme, Halte net, qui n’est plus en vigueur, offrait au 18-29 ans la possibilité de se familiariser avec Microsoft Office et la construction de pages Web.

L’organisme innove

Tout récemment, les efforts de Serge ont porté fruit : le programme de service d’aide à l’emploi, en place depuis le 1er juillet dernier, démontre bien le désir de Réseau Outaouais de diversifier son mandat. Et, comme s’il n’était pas suffisamment occupé, il est impliqué dans un comité pour un projet style « Roulotte POP Montréal »  ici même, en Outaouais.

Si l’organisme a fait ses preuves en matière de réinsertion sociale, c’est bien parce que ses employés sont réellement dédiés à cette cause. « On m’a souvent surnommé la mère Térésa des assistés sociaux », lance Serge en riant.